Les assistants médicaux

On en parle beaucoup en ce moment, leur statut fait débat, mais que sont réellement les « assistants médicaux » ? Ce nouveau poste créé en 2019, pourra-t-il réellement faire gagner du temps de travail au médecin et réduire les délais d’attentes très longs pour obtenir un rendez-vous ? Pourquoi les syndicats de médecins grincent-ils des dents alors que cette mesure est censée leur venir en aide ? Le point dans cet article.

Les assistants médicaux : Kezako ?

A l’origine, ce nouveau métier a été créé par l’article 42 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2019 afin de permettre aux médecins de gagner du temps de travail.

Ce nouveau métier, accessible après le bac, se situe à mi-chemin entre les actes de soins simples et les tâches administratives : par exemple, accueillir et préparer le patient à la consultation, mesurer sa tension ou sa température, nettoyer ou stériliser le matériel, gérer les tâches administratives, etc.

 

 

Ces assistants ne sont proposés que dans certaines situations, à savoir certaines spécialités travaillant uniquement en mode regroupé et s’engageant à une « augmentation mesurable de la patientèle suivie. »

4000 postes d’assistants médicaux sont prévus d’ici à 2022, avec dans un premier temps un ciblage des zones sous-dotées et dans les quartiers prioritaires pour l’accès au soin. Certains aides-soignants, infirmiers et secrétaires médicaux pourront prétendre à ce statut grâce à la VAE (validation des Acquis de l’Expérience)

 

Le profil des assistants médicaux

Les assistants médicaux peuvent avoir deux types de profil : soignant (aide-soignant ou infirmier) ou administratif (secrétaire médicale par exemple). En plus de la VAE, ils devront être titulairess d'un certificat de qualification professionnelle. Ils auront néanmoins 2 ans pour l'obtenir après leur prise de fonction.

 

Le coût de cette mesure

50 000 euros par an et par assistant. C’est ce que promet l’état pour financer les assistants médicaux, en priorité auprès des généralistes et spécialistes pour lesquels il existe des difficultés d’accès aux soins. Mais évidemment, il y a une contrepartie, à savoir l’exercice regroupé et l’engagement d’objectifs et de résultats, ce qui veut dire une augmentation quantitative du nombre de consultation par heure.

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, s’est engagée à ouvrir la discussion avec la Sécurité Sociale afin de déterminer le montant de leur prise en charge pour l’embauche des assistants médicaux.

 

Tous les médecins sont-ils éligibles à une aide à l'embauche ?

Tous les médecins, spécialistes ou généralistes, peuvent en théorie bénéficier d'une aide au recrutement d'un assistant médical, à condition de respecter les trois critères suivants : 

  1. Avoir une activité minimale, à savoir plus de 640 patients en tant que médecin traitant pour les généralistes. Pour les spécialistes, on évalue la file active (soit le nombre de patients vus dans l'année)
  2. Justifier d'un exercice coordonné : MSP, cabinet de groupe, etc
  3. Exercer en secteur 1 ou 2

Pour les médecins exerçant seul, ils peuvent bénéficier d'une aide au recrutement d'un assistant médical à condition de traailler dans "une logique de coordoniation renforcée de leurs modalités d'exercice".

 

Les restrictions géographiques

La CPAM a instauré des restrictions géographiques en fonction des spécialités et donc des difficultés d'accès aux soins dans certains départements.

  • Ophtalmologues, Psychiatres, Pneumologues, Gastro-entérologues, Cardiologues, Allergologues, Médecins vasculaires, Rhumatologues, Gériatres, Endocrinologues, Neurologues, Médecins physique et de réadaptation, Rhumatologues, Pédiatres, ORL, Internistes, Gynécologues médicaux, Dermatologues, MEP, Généralistes : France entière
  • Chirurgiens : 976 ; 973 ; 27 ; 39 ; 92 ; 36 ; 26 ; 04 ; 32 ; 61 ; 38 ; 46 ; 78 ; 01 ; 95 ; 19 ; 974 ; 09 ; 12 ; 94 ; 93 ; 08 ; 77 ; 56 ; 23 ; 70 ; 91 ; 60 ; 43
  • Radiologues : 976 ; 973 ; 23 ; 48 ; 46 ; 27 ; 36 ; 91 ; 92 ; 09 ; 43 ; 72 ; 78 ; 88 ; 15 ; 22 ; 55 ; 77 ; 08 ; 10 ; 19 ; 53 ; 94 ; 93 ; 32 ; 89; 86 ; 79
  • Anesthésistes : 09 ; 48 ; 976 ; 26 ; 70 ; 79 ; 46 ; 973 ; 61 ; 01 ; 67 ; 74 ; 27 ; 39 ; 43 ; 45 ; 32 ; 51 ; 28 ; 21 ; 60 ; 23 ; 12 ; 36 ; 04 ; 08 ; 87 ; 94 ; 55
  • Stomatologues : 05 ; 15 ; 16 ; 18 ; 23 ; 24 ; 28 ; 32 ; 46 ; 48 ; 52 ; 53 ; 55 ; 58 ; 70 ; 88 ; 973 ; 976 ; 67 ; 68 ; 56 ; 63 ; 22 ; 51 ; 84 ; 35 ; 29 ; 74 ; 40
  • Gynécologues chirurgicaux : 05 ; 08 ; 09 ; 10 ; 12 ; 20A ; 32 ; 36 ; 39 ; 43 ; 48 ; 52 ; 58 ; 61 ; 70 ; 90 ; 973 ; 976 ; 17 ; 75 ; 57 ; 53 ; 27 ; 91 ; 26 ; 50
  • Nephrologues : 05 ; 07 ; 09 ; 10 ; 12 ; 16 ; 17 ; 19 ; 22 ; 23 ; 25 ; 26 ; 27 ; 20A ; 32 ; 35 ; 38 ; 39 ; 40 ; 44 ; 46 ; 47 ; 50 ; 51 ; 53 ; 55 ; 58 ; 61 ; 63 ; 70
  • ORL chirurgical : 04 ; 08 ; 09 ; 10 ; 11 ; 14 ; 23 ; 28 ; 32 ; 36 ; 39 ; 47 ; 48 ; 52 ; 53 ; 55 ; 58 ; 61 ; 70 ; 79 ; 972 ; 973 ; 976 ; 57 ; 60 ; 92 ; 75 ; 85
  • Radiothérapeutes : 02 ; 04 ; 05 ; 07 ; 09 ; 11 ; 12 ; 23 ; 20A ; 32 ; 36 ; 38 ; 39 ; 42 ; 46 ; 48 ; 49 ; 55 ; 61 ; 70 ; 84 ; 86 ; 88 ; 89 ; 90 ; 972 ; 973 ; 976 ; 83
  • Médecins nucléaires : 01 ; 03 ; 04 ; 05 ; 07 ; 09 ; 11 ; 23 ; 20B ; 32 ; 39 ; 41 ; 43 ; 46 ; 48 ; 53 ; 55 ; 61 ; 82 ; 94 ; 973 ; 976 ; 974 ; 75 ; 85
  • Anapatomopathologistes : 01 ; 02 ; 09 ; 12 ; 23 ; 36 ; 41 ; 43 ; 52 ; 55 ; 70 ; 94 ; 973 ; 976 ; 93 ; 95 ; 85 ; 26 ; 50 ; 28 ; 79 ; 03 ; 27 ; 72 ; 08 ; 39 ; 62 ; 78 ; 77 ; 45

 

Le point de vue des syndicats de médecins libéraux

Une première réunion de négociation a eu lieu début Janvier entre Syndicats de Médecins libéraux et l’UNCAM (Union Nationale des Caisses d’assurance maladies)

Toutefois, la pilule a du mal à passer, notamment auprès de syndicats ou confédérations de médecins.

Ce n'est pas en imposant des objectifs chiffrés et des contraintes nouvelles aux médecins généralistes encore en activité qu'on améliorera la prise en charge de leurs patients », a opposé MG France dans un communiqué publié le jour même. « Vouloir quantifier précisément par médecin le nombre de consultations à faire par heure (6 !) et de patients vus par un assistant médical (12 !) est contraire aux besoins personnels de chaque patient, et à l’éthique médicale », s’est, quant à elle, insurgée la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français).

En désaccord avec le statut d’assistant médical, ils ont ainsi refusé de continuer à négocier au début du mois de février 2019 mais se sont réunis en inter-syndicale (FMF, MG France, Le Bloc, SML et CSMF) afin de proposer une réponse.

 

La position de la CNAM (caisse nationale d’assurance maladie)

D’après la caisse, une augmentation de la patientèle actuelle reste indispensable et réfute donc toute vision productiviste. D’après elle, la CNAM n’a jamais proposé aux médecins de conditionner l’embauche et le financement d’un assistant médical à un nombre obligatoire de consultations par jour.

Malgré tout, la CNAM attend des médecins « une augmentation mesurable de la patientèle suivie ».

 

La proposition finale (pour le moment)

Pour rappel, les médecins libéraux reprochaient l’augmentation d’activité « obligatoire » s’ils souhaitent recruter des assistants médicaux.

Ils proposent donc que l’assistant médical puisse accompagner les médecins travaillant en coordination sous « toutes les formes de coordination, sans modèle unique », en prenant compte leur formation ainsi que les contraintes immobilières.

De plus, plutôt que d’augmenter le nombre de consultations (fixées à 6 par heure), les syndicats de médecins libéraux proposent d’augmenter le nombre de patients dont ils sont médecins traitants. Pour les autres spécialités, l’indicateur proposé est celui du « nombre de patients vus dans l’année ».