Les gériatres libéraux : pourquoi en manque-t-on ?

La gériatrie - spécialité méconnue et pourtant pleine d’avenir - manque cruellement de médecins, surtout de libéraux.

Quelles sont les raisons du manque de vocation pour cette spécialité ? Nous essaierons de comprendre pourquoi dans cet article.

Qu’est-ce que la gériatrie ?

La gériatrie, désormais exercée sous le code 34, est une nouvelle spécialité qui a été ouverte en tant que tel en 2017 à la suite de la réforme du 3ème cycle. Avant cela, il fallait obtenir le diplôme de médecin généraliste, puis passer une formation complémentaire afin d’obtenir le titre de gériatre.

Le gériatre est spécialisé dans la prise en charge ainsi que le suivi des personnes âgées. L’objectif est donc de maintenir ou de restaurer l’autonomie fonctionnelle des personnes âgées, grâce à un ensemble d’activités telles que la prévention, le dépistage de divers troubles, le bilan global ou encore l’évaluation gérontologique standardisée.

Or avec les progrès de la médecine, nous vivons de plus en plus vieux, ce qui a pour résultat une forte augmentation du nombre de personnes âgées dans le monde (surtout dans les pays dits « riches ») : en théorie, la gériatrie aurait donc complètement sa place dans l’offre de soin globale.

 

Et pourtant, il y a peu de gériatres en France

Le recensement médical de 2016 a révélé que 1756 gériatres exercent en France, soit … 0,5% du total des médecins. Pire, on ne trouve que moins de 2% de libéraux comme l’atteste le tableau ci-dessous :

 

geriatres-liberaux

 

Récemment, un site a été lancé pour promouvoir la gériatrie : https://devenirgeriatre.org/, en partenariat avec La Société Française de Gériatrie et Gérontologie, l'Association des Jeunes Gériatres et le Collège National des Enseignants en Gériatrie afin de faire l’éloge de cette spécialité qui souffre d’une mauvaise image et lui redonner de l’attractivité auprès des étudiants au vu de la demande médicale en forte augmentation.

 

Pourquoi si peu de libéraux ?

Effectivement, l’exercice de médecin gériatre est très majoritairement salarié, soit dans des cliniques, soit dans des hôpitaux publics.

Or pour rappel, en médecine, l’exercice libéral est défini comme l’apport de services non commerciaux à des personnes l’ayant librement choisi. Il est réglementé par des conditions d’exercice et des montants d’honoraires qui lui sont propres.

Et c’est là où le bât blesse : il n’existe pas de cotation spécifique pour les médecins gériatres, donc pas d’exercice libéral à proprement parler. Cela signifie qu’en absence de nomenclature propre, les gériatres libéraux facturent leurs actes en se basant sur des actes non spécifiques. Ils doivent donc faire des consultations longues (environ une heure), le plus souvent à domicile (dans 70% des cas) et ont donc du mal à dégager un salaire assez satisfaisant pour maintenir leur activité.

 

L’avis du Dr Jacquin-Mourain

Le docteur Jacquin-Mourain déclare :

On a une spécialité, la spécialité 34 mais aucune nomenclature codifiée. Ce qui est très pervers.

Pourquoi on n’en a pas, parce que les médecins généralistes voient l’arrivée d’une nouvelle spécialité d’un très mauvais oeil, ce qui est stupide car nos consultations sont beaucoup plus longues. Ce n’est pas compatible avec la médecine gériatrique. La pédiatrie ils ont déjà pas aimé et la gériatrie ils n’en ont pas voulu et les professeurs de gériatrie veulent garder les gériatres à l’hôpital.

Pourtant, il y a de jeunes médecins qui cherchent à s’installer en tant que gériatre. Quand j’étais présidente dAnggel, je recevais plusieurs demandes par semaine mais comme il n’y a pas de nomenclature, à moins d’avoir un autre poste en hôpital ou en maison de retraite, ils ne peuvent pas en vivre. Je leurs dit non à contrecoeur. Je n’ai pas réussi à obtenir une nomenclature

 

Les carences en gériatre : un mal plus profond ?

Le cas des gériatres n’est pas isolé mais le reflet d’un mal plus généralisé : les carences de médecins dans les zones sous-dotées, appelées les « déserts médicaux ».  En effet, les conditions de l’exercice libéral ne séduisent plus les nouvelles générations, à cause d’une incompatibilité entre un salaire insuffisant et des conditions de travail très compliquées (consultations longues, durées de trajets à rallonge avec les visites à domicile, etc).

Ce sujet de la désertification médicale et du manque de praticien est un sujet d’actualité et malgré les nombreuses propositions mises en œuvre, celui-ci est loin d’être résolu.

 

Quelles solutions pouvons-nous trouver pour y remédier ?

Chez Libizi, nous élaborons un produit de géomarketing à destination des médecins, bientôt disponible sur notre page "Etude de Marché", afin de coupler des données de densités médicales avec celles des patients et ainsi proposer une solution dans la détection des déserts médicaux. A terme, nous souhaiterions ainsi proposer une solution pour pallier au manque de médecins et favoriser l'attractivité de certains territoires.